Cinquième paire de gougounes

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Si d’autres souliers ont beaucoup voyagé, Gougounes #5 ont décidé de se poser. Elles font la sieste aux îles Gilis.

Gili Air, Gili Meno, Gili Trawangan : trois petites îles paisibles au large de Lombok. Le combo classique de la pub Corona, une palette de couleurs digne des banques d’images : mer turquoise, sable doré, ciel bleu, palmiers, cocotiers. À Meno, la plus tranquille des trois, pas d’ATM, pas de circulation automobile, pas de stress. Pour se déplacer, on roule en calèche à cheval, en vélo, ou à pieds sur le sable chaud. Et d’une île à l’autre, et des îles à la terre ferme, il y a deux petits bateaux qui pour quelques sous, font la navette, nonchalamment. Le conducteur est nu-pieds, il déverse ses passagers plus ou moins vertébrés à même la plage, où tout le monde s’échoue comme des épaves.

Les Gilis chatouillent. Leur soleil caresse la peau, leur sable masse les craques de nos orteils, leur eau macère nos corps mous et paresseux. On a oublié ça fait combien de nuits qu’on est ici, et puis bof, à quoi bon compter, à quoi bon bouger…

Demain est là pour ça.

Le temps s’est arrêté, et tout ce qui nous indique qu’il continue de passer, c’est le son de la mer qui gicle sur la plage, un métronome naturel qui berce tranquillement les journées. Ambiance typique des îles… Partout où le peuple est entouré d’eau, c’est comme si la force de la marée étire le temps, et que tout se passe plus doucement.

À la surface de la mer, je suis en apesanteur. Je respire au tuba et j’observe la vie, au fond. Des centaines de poissons de toutes les couleurs valsent dans tous les sens, des noirs, des jaunes, des fluos, des Nemos. Il y en a un gros à tête de chien qui me regarde fixement, comme prêt à charger si je donne un coup de palme du mauvais côté. C’est un autre élément, une autre vie. D’autres règles, une autre hiérarchie. Le temps qui passe coule naturellement, pas de jours ouvrables, pas d’heure de la journée, pas de nuits à compter. Ici, le temps est en suspens. Je suis en apesanteur et en aparté.

Après six mois de voyage, le grand sablier arrive à terme, inexorablement. On réalise qu’on va rentrer bientôt, et on a déjà commencé à faire nos bilans, à se rappeler du meilleur repas, du plus bel hôtel, du pays qu’on a préféré, de la première chose qu’on va faire quand on va rentrer… Est-ce qu’on va reprendre les mêmes souliers ? Ou six mois de gougounes laisseront plus que des marques de bronzage éphémères sur nos deux pieds ?

Notre vie chargée, mouvementée, elle est si loin derrière et pourtant si près devant.

Aux Gilis, on a trouvé un refuge à l’abri du temps, une alcôve sans montres qui étire nos derniers instants.

***

Gili, gili, gili

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