Mandalay: the never ending day

4h00 AM

Nous marchons dans la nuit, en route vers notre hôtel.

Les bus de Birmanie ont la mauvaise habitude d’avoir des horaires de poules pas de tête. Prenez le bus Lac Inle – Mandalay par exemple, départ à 7h00 PM, neuf heures de trajet, arrivée prévue à 4h00 AM. Super. On se fait donc éjecter dans la nuit, dans une nouvelle ville, une autre inconnue qu’on devra découvrir et apprivoiser en quelques heures. Dans chaque ville c’est un coup de dés, on ne sait jamais vraiment où l’on va se faire éjecter. Des fois c’est tout près, des fois c’est dans le pitt, des fois il y a une petite pancarte au nom de Mr. May (le pseudo asiatique de Serge Maynard), ça c’est le grand luxe. Des fois ça pue, des fois il y a des millions de rapaces humains qui volent autour de nous pour piller les restes de notre trajet, on s’est même fait éjecter, une fois, sous un tronçon d’autoroute au milieu des poubelles et des cochons. Cette fois, il fait noir et il fait froid, et nous marchons dans la nuit, tous nos kilos sur notre dos.

6h30 AM

Le jour se lève sur Mandalay. Tant qu’à attendre dans le lobby de l’hôtel que notre chambre se libère, on a décidé de sauter dans un taxi, direction Mandalay Hill, une petite colline urbaine à peu près haute comme le Mont-Royal, mais qui elle, se garde une petite gêne avant de se déclarer montagne. Nous sommes maintenant cinq. Cinq paires de pieds nus sur le sol lisse et glacial d’un temple anonyme, perché au sommet. Ici la religion te demande de retirer tes souliers pour prier, ailleurs elle te dicte quoi mettre sur ta tête. Alors on a les pieds nus et des tuques pour réchauffer notre avance de près d’une heure sur le soleil qui se fait attendre avec paresse. On n’a pas trop l’habitude des levers de soleils, d’ordinaire on les laisse aux retraités et aux motivés. Nos yeux sont fatigués d’une autre nuit en mouvement, et s’ouvrent tout doucement, au rythme du ciel qui s’éveille lui aussi.

10h00 AM

On se fait éjecter par un pick-up sur un coin de rue lambda. On a faim. Mandalay est assez simple pour l’orientation, elle a adopté le modèle numérique à la newyorkaise, alors on sait dans quelle direction marcher pour atteindre 1- de la bouffe, et 2- du dodo. Le repas tient dans un bol, et je ne saurai jamais comment l’épeler mais ça sonne à peu près comme «to-bou-nué», et pour faire une histoire courte, ça goûte l’amour. C’est la deuxième fois que je m’adonne au plaisir gustatif du tobounué, toujours engloutis à grands coups de baguettes. Des nouilles de riz enveloppées suavement par une pâte épaisse de haricots, avec des épices, du poulet, de la coriandre, de l’anis et du sésame, des arachides, et beaucoup, beaucoup de bonheur dans chacune de ces grosses cuillères à soupe asiatiques. C’est une saveur intense, franche, que je n’ai jamais goûtée auparavant, et qui m’a donné tant de frissons que j’en salive encore aujourd’hui, au moment d’écrire ces lignes.

4h00 PM

Deux coqs et trois poules en liberté dans Mandalay. On cherche, on cherche, sans trop savoir où l’on s’en va, le pick-up numéro Je sais pas trop, au coin des rues À peu près et Pas tout à fait. Les picks-ups du Myanmar ne font pas exception à la règle, on n’y comprend pas grand-chose. Mais les birmans, eux, sont si gentils, si souriants, qu’on finit toujours le cul posé sur un banc, en route vers la bonne direction… Ou à peu près. Cette fois-ci, on avait demandé le pont U Bein’s, le fameux pont fait de bois de teck, celui qui est sur le front page du Lonely Planet Southeast Asia. La vedette, quoi. Hé ben non, on nous dépose en plein milieu d’un grand boulevard au milieu de nulle part. On nous indique par là, par là, du menton, avec un beau grand sourire muet. Au final, on l’aura trouvé ce pont, mais il a fallu traverser un village, passer une voie ferrée, et puis carrément se claquer un jogging de quinze minutes en gougounes pour y arriver avant le coucher du soleil, qui ne s’est pas fait attendre cette fois-là.

9h30 PM

Beni va voir d’où vient la musique, et ses yeux s’écarquillent devant ce qu’il voit à travers le petit trou de la grande clôture de fer. It’s a fashion show! On cherchait un bar pour prendre une bière, tranquilles, et puis paf! Une parade de mode, une salle pleine, de la musique birmane pompée à fond, de l’électricité dans l’air, allez hop, allons s’arroser d’un peu de la jet-set mandalaise. On se prend une belle table pas trop loin de la scène où une demi-douzaine de jouvencelles paradent en jupettes. Dix minutes plus tard, on commence à douter. Hmmm.. Oui, c’est clairement et définitivement douteux. À bien y repenser, une brochette de filles en minijupes devant une bande de mâles excités, c’est l’équivalent birman d’une thaïlandaise avec une balle de ping pong dans la noune. On est dans un bar de danseuses!

11h30 PM

La journée est terminée à Mandalay, mais on n’a pas fini notre game de dés. On est des pirates. On joue aux dés, et celui qui perd, il perd son âme. Yyyaaaawwwrrrr! Ça s’appelle «Dead Men Dice», et quand on joue à la chandelle parce qu’il y a eu une panne d’électricité dans la ville, avec une bonne dizaine de birmans autour de nous parce qu’ils raffolent des chiffres (des grands superstitieux, ces birmans), tous envoutés par cette énergie brute de criminels de la mer en liesse, c’est encore plus piraty. Cinq! Yyyaaaawwwrrrr! Il ne reste plus une seule table au bar, toutes les chaises ont été empilées, et tout le monde est autour de nous maintenant. Je demande à un birman de rouler les dés pour moi, un un ou un cinq, vas-y moussaillon! Et cette fois c’est moi qui gagne, et tous ces visages éclairés à la flamme s’illuminent, et je n’ai pas perdu mon âme, et finalement, la journée peut se terminer comme elle a commencé.

Nous marchons dans la nuit, en route vers notre hôtel.

***

P1000785_2*

12976_10151433651913641_1376187376_n_2*

P1000682_2

Hello love!

*P1000879_2

Hello love?!?!?!

*

P1000871_2

Des étals de poissons séchés à côté de notre hôtel… Quel bonheur de s’imprégner de cette odeur pour commencer la journée!

*P1000870_2

Station d’essence, « burmese style »!

*

P1000869_2

*P1000861_2

*18418_10151433653358641_298209443_n (1)_2

En route pour le fameux pont. Pas de place dans le pickup? Pas de problème! Aweille sur le toit!

*

P1000797_2

*P1000799_2*

P1000801_2*

P1040772_2*

P1000851_2*

Advertisements

Un commentaire sur “Mandalay: the never ending day

  1. Stéph dit :

    Purée de purée votre blog est vraiment super, je le lis assez souvent pour me tenir au courant de vos folles aventures!!!! je suis sûre que vous ne voulez même pas revenir sur Montréal….!!!!! en tout cas je pense souvent à vous!!! gros bisous! Steph

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s