Cambodge, guerre et déprime de fin de Vietnam

Le Cambodge c’est d’la marde.

C’est à peu près ce qu’on s’est dit en changeant de pays. Pauvre Cambodge, disons que la barre était haute.

D’abord, on venait de quitter notre monde. La famille est repartie, Isa, Mathieu, Marco, tous gobés, un par un, par un taxi qui les emmenait loin de nous et de notre escapade familiale survoltée.

Ensuite, on venait de quitter le Vietnam, qui nous a pris par le ventre, par les yeux et par les tripes. Un mois d’idylle avec un pays où on se serait vus déserter et ne plus jamais rentrer. On a collé à Saigon par dépendance affective, une semaine à retarder notre départ parce qu’on savait qu’après, on partait pour de vrai. On aura consommé le pays jusqu’à la dernière goutte de pho aspirée les baguettes en l’air, de peur de manquer le bus du grand départ.

Et puis on a terminé le Vietnam avec la guerre. On a traversé la frontière avec des sueurs froides, tous les deux pris dans des livres qui glacent le sang. Mais bien avant, le «tourisme de guerre» s’est installé insidieusement. La guerre a éclaté au nord comme au sud, et partout, elle ponctue la route du touriste qui ne peut faire autrement que de rentrer dedans. Ça commence doucement, innocemment, une fiction bien grasse, Platoon, puis un grand classique, Apocalypse Now. Ensuite, la visite de sites troués comme des fromages suisses, au fond des cavités desquelles on distingue encore les échos des bombardements vieux de cinquante ans. Nous, on a attendu à Saigon pour se vautrer dans le morbide du conflit. Il y a eu le musée des atrocités, qui expose à travers le prisme de la propagande combien les américains ont été (encore une fois) fabuleusement ignobles. Et puis la noirceur totale et opaque des tunnels de Co Chi, le repaire de la résistance, une guérilla littéralement underground qui a vécu terrée sous le sol, sous une épaisse croûte de terre cuite sous l’effet des bombes et du napalm. Ils ont eu la couenne dure ces Viêt-Cong. Vivre comme des foumis, creuser des centaines et des centaines de kilomètres de galeries souterraines sans la lumière du jour ni celle de l’espoir.

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Et puis tant qu’à se vautrer, l’envie m’a pris d’aller encore plus loin, encore plus sombre, au cœur de l’histoire de Kim Phuc, La fille de la photo. Une petite fillette devenue célèbre : elle s’est fait photographier au moment où la terreur déformait son visage parce qu’elle brûlait vive au cinquième degré.

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Et puis un coup partis, Serge a repris le flambeau en quittant le Vietnam et s’est lancé dans l’histoire toute aussi noire qu’est le génocide du Cambodge, dans les pages de First They Killed my Father. Le tourisme de guerre n’a pas de fond. Il t’emporte en chute libre aussi creux que le passé, et ici, c’est jusqu’à la nausée, au fond d’une classe d’école primaire transformée en salle de torture digne des nazis. La ville de Pnomh Penh a été une formidable machine d’extermination sous le régime débile des Khmers Rouges. Il y a cette prison, la S-21 de son petit nom, c’est là qu’on a tiré notre révérence, qu’on a quitté le circuit. Pour les plus durs encore, il y avait aussi les pittoresques «Killings Fields» où le touriste du XX siècle peut déambuler tranquillement, ramasser candidement les clichés, et même – comble du glauque –  tirer à la mitraillette, là où près de 2 millions d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards ont été sauvagement assassinés à coups de marteau ou de pelle, indignes qu’ils étaient du coût d’une balle de fusil.

La guerre jusqu’à la nausée, c’est comme ça qu’on a commencé le Cambodge.

Disons que c’était bien mal parti pour le pays.

On a fait la baboune à Phnom Penh, à ses rues sales, à sa cuisine imparfaite, à son passé sanglant, à ses odeurs d’égouts et de pauvreté, à ses étals de tarentules grillées.

Heureusement, le Cambodge a aussi Siem Reap. Une ville qui nous a redonnée le sourire et l’appétit du voyage. À la découverte des temples millénaires que sont les ruines d’Angkor Wat, un trip physique, entre les 20 km de vélo qu’on faisait par jour pour les découvrir, les joggings au bord de la rivière et la piscine sur le toit de notre hôtel à quinze piasses.

On a quitté le pays dans un tout autre esprit. Reposés, sereins et souriants.

Le Cambodge mérite sa chance.

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Succulents insectes grillés…

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Des poissons s’empiffrent de peaux mortes sur les pieds de Serge, miam!!

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2 commentaires sur “Cambodge, guerre et déprime de fin de Vietnam

  1. françois plante dit :

    Bonjour vous deux, vous lire est un enchantement ; quel style , quelle plume alerte et vivace toujours à l’affut des petits détails qui s’incrustent dans l’esprit de votre lecteur..Continuez de nous envoyer vos magnifiques clichés. Quant à nous notre Rio de Janeiro nous paraît presque terne tant vos civilisations nous en imposent. Cependant nous revenons enchantés de notre croisière et du Brésil. Ici le froid bat des records!! Quelle chance vous avez. XXX Papito et Alena

    • Gazelle dit :

      Merci Papito!
      Vous faites partie de nos lecteurs les plus fidèles, c’est certain!!! Wow le Brésil! Ces jours-ci, nous voyageons justement avec un couple formé d’une Française et d’un Allemand qui se sont rencontrés là-bas… Ensemble ils parlent portugais!
      On vous aime et on pense à vous!! xx

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